Installée à Sucé-sur-Erdre, en Loire-Atlantique, la distillerie Distiloire, ou tout simplement la Distiloire, construit depuis plusieurs années une large gamme de spiritueux parmi lesquels des whiskies. Derrière le projet (et le jeu de mot !) se trouve Benoît Chaigneau, ancien maître de chai du Val de Loire travaillant dans la vinification.
Avec ses céréales biologiques, ses fermentations longues et son alambic chauffé au bois, la jeune distillerie propose des whiskies résolument artisanaux, guidés par une envie de valoriser le terroir nantais.

Du vin au spiritueux
L’histoire de la Distilloire commence en 2015. À cette époque, Benoît Chaigneau travaille donc comme maître de chai dans le Val de Loire, après des expériences notamment en Touraine, à Vouvray et dans le Muscadet. Il envisage alors de reprendre un domaine viticole. Mais l’absence de transmission familiale et les incertitudes liées au climat le poussent vers une autre voie.
« Je voulais reprendre un domaine viticole, mais n’ayant pas de famille dans le milieu et considérant les aléas climatiques, je me suis plutôt intéressé à la brasserie puis aux spiritueux. J’ai choisi les spiritueux ! »
Le whisky est déjà dans un coin de sa tête et Benoît entreprend alors une formation de deux ans au CIDS et auprès de Gilles Boudier, distillateur à façon bien connu dans le monde des spiritueux français et maître incontesté de la distillation sur alambic COYAC, qui avait notamment accompagné les débuts de la Distillerie de la Piautre ! C’est d’ailleurs sur l’un des alambics de Gilles Boudier, datant de 1924, que Benoît réalise son premier batch. Une expérience fondatrice qui laissera une empreinte durable sur la Distiloire : plusieurs années plus tard, le futur alambic de la distillerie reprendra les dimensions et l’esprit de ce vieux COYAC, jusqu’à conserver sa chauffe au bois (ici, on ne recule devant rien !).
En 2017, Benoît lance ses premiers spiritueux avec un gin et le pastis Meskad. La production se fait alors dans un hangar situé à Saint-Mars-de-Coutais, mais l’aventure ne tarde pas à prendre une nouvelle dimension avec l’arrivée d’Anne, qui rejoint le projet en 2020. Après plusieurs années comme cheffe de projets, elle rejoint la distillerie et apporte son côté méthodique au travail de production. Proportions des ingrédients, fermentations, courbes de température, données et paramètres de distillation font désormais l’objet d’un suivi particulièrement attentif ! Cette approche de haute précision s’illustre parfaitement dans les excellents vermouths « Douce Folie » de la maison, composés d’une quinzaine de plantes et épices sur une base de vins du vignoble nantais. Ils brillent par leur équilibre et se vendent jusque dans les bars à cocktails de New York !
L’année suivante (2021) constitue une nouvelle étape majeure : la distillerie reçoit son propre alambic, construit sur mesure par la SOFAC. D’une capacité totale de 650 litres, dont 500 litres utiles, il sera installé sur le nouveau site de production lorsque, en 2024, la distillerie s’installe à Sucé-sur-Erdre, peu de temps avant de pouvoir enfin lancer son premier whisky !

Des Small Batchs exploratoires
Le whisky de la Distiloire commence par une matière première issue de l’agriculture biologique, initialement de l’orge Concerto avant de changer pour de la Lauréate. Fidèle à son ADN, la distillerie privilégie un approvisionnement local pour le maltage en collaborant avec la malterie Yec’Hed Malt. À terme, Benoît aimerait aller encore plus loin dans cette logique territoriale : il est actuellement en discussion avec un agriculteur du secteur afin de faire cultiver directement l’orge destinée à la distillerie.
Distiloire ne réalise pas elle-même le brassage mais, fait assez rare, elle conserve la maîtrise de ses fermentations ! Ce n’est donc pas un wash (moût fermenté) mais un wort (moût non fermenté) qu’elle récupère d’abord auprès de la Brasserie de l’Olifant avant de nouer un partenariat avec la Brasserie Nautile, à Nantes.
Les fermentations durent au minimum cinq jours, et jusqu’à huit jours et constituent l’un des éléments importants de la recherche aromatique de la maison !
Le wash est ensuite acheminé vers le petit alambic de 650 litres de la SOFAC, qui prend la suite du Coyac de Gilles Boudier. Après une double distillation à feu nu, le distillat est transféré dans une très large diversité de barriques : fûts de bourbon, de chêne français neuf, de vin blanc, de xérès, de porto, mais également de calvados ou de cognac.
Cette diversité n’est toutefois pas synonyme d’improvisation, au contraire, Benoît revendique une certaine retenue dans ses assemblages.
« Je ne suis pas trop fan des profils sucrés, ni des finish Sauternes par exemple. Dans mes assemblages, je garde au moins 50 % de PX et de bourbon : ce sont des fûts classiques, car il faut avant tout que ça reste du whisky. »
Ainsi donc, le premier batch de 800 bouteilles, lancé en 2025, réunit 18 % de chêne français neuf ; 33 % de fûts de bourbon ; 26 % de fûts de PX ; 15 % de fûts de sauvignon blanc et 8 % de fûts de porto.
À la dégustation, le whisky affiche une attaque fruitée, marquée par des notes de yaourt à la fraise et de fruits du verger. Le sherry prend ensuite une place importante, avant que le profil ne devienne progressivement plus céréalier et boisé. La finale est notamment marquée par le chêne neuf.
Le second Batch 02, sorti en 2026, porte la production à 1 228 bouteilles et se distingue quant à lui par l’assemblage de whiskies de trois à quatre ans selon les proportions suivantes : 19 % de chêne français neuf ; 38 % de fûts de vin blanc — chenin, sauvignon et chardonnay ; 26 % de fûts de porto ; 17 % de fûts de bourbon.
Le résultat se montre frais et fruité, avec un profil à la fois classique et gourmand. Les notes de chardonnay et de fruits s’accompagnent d’un toasté apporté par le bois neuf, tandis que les épices viennent compléter l’ensemble.
Avec seulement deux batchs commercialisées, il serait encore prématuré de figer le style de la Distiloire. Et c’est précisément ce que Benoît ne cherche pas à faire. Les premiers whiskies constituent une phase d’expérimentation. L’intérêt est ici de tester différentes maturations, d’observer l’évolution du distillat et de comprendre comment les différents fûts peuvent s’articuler autour de sa personnalité.
Les prochains batchs exploreront d’autres styles avant de définir une identité. Néanmoins, la volonté d’articuler fermentation longue et recherche aromatique, distillation artisanale et assemblage d’une large variété de fûts restera probablement au cœur des whiskies de la Distiloire, garantissant des whiskies artisanaux, presque « cousus main », et de grande qualité.

Pour aller plus loin, voir la page Distiloire