On l’a vu au Whisky Live : la qualité des whiskies français n’est plus à démontrer ! Désormais, la France fait jeu égal avec d’autres grandes nations du whisky, tout en se distinguant par une certaine liberté vis-à-vis des traditions écossaises.
Les trois whiskies disponibles sur cette vente aux enchères caritative au profit de la Fondation GoodPlanet illustrent à merveille cette diversité. Et surtout, il s’agit de bouteilles exceptionnelles, puisqu’il n’existe qu’un seul exemplaire de chacune d’entre elles !
Place à la découverte de ces trois expressions signées Domaine des Hautes Glaces, Glann Ar Mor et Warenghem.
Une dame-jeanne de 5 litres du Domaine des Hautes Glaces 2016

Offerte par le Domaine des Hautes Glaces, cette dame-jeanne incarne parfaitement l’histoire de la distillerie du Trièves puisqu’il s’agit, ni plus ni moins, que du plus vieux Flavis jamais embouteillé ! Cuvée bien connue des amateurs des Hautes Glaces, Flavis est un mot latin qui signifie « jaune » ou « doré » et, assez logiquement, il désigne les vieillissements en vin jaune du domaine.
Issu de la variété Vanessa, une orge d’hiver à deux rangs, le whisky proposé pour cette vente caritative est un single malt millésime 2016 issu de la parcelle Gabert, la première avec laquelle Fred Revol a travaillé à son arrivée dans le Trièves.
Embouteillée à 57,7 % après dix années d’élevage, cette dame-jeanne de 5 litres, gravée du logo du Domaine des Hautes Glaces, se distingue par son profil minéral, à l’image de la parcelle Gabert et de ses éboulis calcaires. L’élevage lui confère quant à lui une belle rondeur, avec des notes de brioche, de frangipane, d’abricot, de noisette et de noix, accompagnées de nuances de rancio et de cuir.
Une dame-jeanne de 5 litres de Kornog 2021

Autre pièce de cette vente, le Kornog offert par la Celtic Whisky Distillerie rappelle que la France se distingue par son approche artisanale du whisky. La distillerie de Pleubian est effectivement plus proche des distilleries d’Islay telles qu’elles existaient au début du XXe siècle que des distilleries modernes qu’on y trouve aujourd’hui ! Chauffe à flamme nue, petit pot still, condenseur à serpentins etc.
Distillé en novembre 2021, ce single malt tourbé a d’abord passé près de deux ans et demi dans un fût de bourbon de premier remplissage, avant d’être transféré, le 28 mai 2024, dans un ancien fût de Rivesaltes. Un changement de fût qui vient apporter une nouvelle dimension au profil traditionnellement maritime et fumé de Kornog. Et la robe annonce la couleur : or légèrement rosé, ponctué de reflets orangés, directement liés à l’influence du fût de Rivesaltes.
Au nez, la tourbe semble volontairement se mettre en retrait. Elle laisse apparaître des notes florales d’hibiscus, une délicate sensation d’infusion de thé et une touche de caramel fondu. L’ensemble dessine un profil tout en équilibre, où la fraîcheur florale vient dialoguer avec une gourmandise plus douce. Le résultat est particulièrement intéressant pour qui connaît le style de Kornog. Car si l’identité maritime et fumée de la marque demeure bien présente, l’élevage en Rivesaltes apporte une nouvelle lecture au whisky, plus ronde et aromatique.
Un jéroboam d’Armorik 21 ans mêlant chêne breton et chêne américain

Enfin, la vente ne serait pas complète si elle n’accueillait pas une expression de la distillerie pionnière du whisky français ! De fait, la troisième bouteille de cette vente est sans doute celle qui porte avec elle la plus forte dimension historique.
Offert par la distillerie Warenghem, le fût n°6023 renferme le plus vieux whisky jamais commercialisé par la distillerie. Il s’agit donc d’un distillat pré-Jim Swan, légèrement tourbé (10 ppm), qui a séjourné en fût de chêne breton pendant 12 ans avant de poursuivre son vieillissement dans un fût de chêne américain Char 4 de second remplissage.
Cette expression offre ainsi un regard rare sur une période ancienne de la distillerie Warenghem et témoigne de l’influence à la fois écossaise et bretonne de la distillerie. Son profil, marqué par les chênes breton et américain, témoigne d’une complexité rarement atteinte par la distillerie de Lannion !
Plus qu’un vieux whisky, cette bouteille constitue donc un témoignage liquide de l’histoire d’Armorik et par extension, du whisky français !